Témoignage : Emilie Delchambre – Formatrice

Passionnée et hyperactive, Emilie Delchambre navigue entre Toulouse et le département du Lot. Bookeuse pour Tour Mi et Blue Line, elle trouve le temps chaque année de transmettre son savoir aux stagiaires de la formation Parcours d’artiste. Portrait d’une professionnelle acharnée qui revient sur son parcours et sa vision du métier.

Depuis quand intervenez-vous à Avant-Mardi et quel est votre lien avec la structure ?

J’interviens à Avant-Mardi depuis quatre ans, sur les formations Parcours d’Artiste et Orientation aux métiers du spectacle vivant, ponctuellement sur Chargé(e) de production spectacle vivant. J’ai rencontré la structure par le biais de l’un des adhérents qui a été mon employeur pendant longtemps, Klakson.

Vous intervenez sur la diffusion, le booking. Quelles sont les différences d’intervention entre les différentes formations ?

Je suis assez fan de Parcours d’Artiste car les stagiaires sont conscients que la diffusion est un mal nécessaire et indispensable. Je suis assez didactique, j’essaye de rendre la pratique joyeuse et abordable, là où l’on peut avoir l’impression d’une série de portes qui se ferment. Mon intervention sur Parcours d’Artiste consiste à donner des petites cartes, à se poser les bonnes questions. Sur Chargé(e) de production spectacle vivant, c’est un public très différent car les stagiaires ont déjà des bases. Les artistes sont toujours plus candides, c’est très compliqué de se vendre soi-même.

Vous leur parlez notamment de la diffusion internationale. Pourquoi est-ce nécessaire, même pour des artistes émergents ?

Cela peut créer des choses incroyables dans une carrière. Il ne faut pas se mentir, le marché français du spectacle vivant est une exception chanceuse, peu de systèmes fonctionnent comme le nôtre. C’est fondamental de se développer d’abord en France, ça serait même idiot de ne pas le faire. Mais j’aime travailler l’international pour deux raisons. A la fois on peut y faire des choses merveilleuses, et à la fois en tant que bookeur on a l’impression de moins se perdre dans la communication et le marketing. A l’étranger, quand tu envoies ton CD tu peux être quasiment sûr qu’il sera écouté, ce qui n’est pas le cas en France où il te faudra souvent relancer pendant des mois un programmateur. La diffusion internationale est plus directe, plus binaire.

Vous avez fondé votre propre structure, Tour Mi. Quelle était votre envie ?

C’est parti d’une folle envie d’indépendance. J’ai travaillé avec Nicolas Son à Klakson pendant quatre ans, puis j’ai arrêté parce que je commençais à être usée par le booking. Durant deux ans je n’ai travaillé qu’avec un seul groupe, L’Herbe Folle. Je faisais de la production, de l’administration, de la recherche de financements. Au bout d’un certain temps, j’ai réalisé que mon truc c’était le booking. J’ai donc créé Tour Mi pour défendre mon propre catalogue. Depuis que je suis aussi en collaboration avec Blue Line, je réalise mes manques à Tour Mi. J’ai travaillé pendant cinq ans toute seule, j’ai des envies de développement qui nécessitent des ressources humaines. Travailler avec d’autres personnes commence à devenir un impératif.

Vous travaillez sur différentes esthétiques artistiques : la musique et les arts de rue. Les pratiques sont-elles différentes ?

Elles sont très différentes. Les codes sont les mêmes : envoyer un dossier, savoir parler d’artistique, donner des références, etc. Mais l’art de rue n’est pas aussi verrouillé et cadré que la musique. Il y cette magie que j’aime beaucoup, ce côté artisanal et audacieux qui m’a redonné le goût de mon métier lorsque l’économie de la musique commençait à vraiment souffrir, spécialement pour les artistes en développement. Tu ne parles pas non plus nécessairement aux mêmes personnes. Les rouages, les pôles de prescription, l’économie, les calendriers et l’organisation varient également.

Vous avez une volonté de participer au développement culturel…

Ça m’arrive, mais j’ai de moins en moins le temps. En tant que bookeur on ne peut se contenter d’être un simple vendeur, c’est un travail de passion. Sans préoccupation sur la position culturelle de ton territoire, c’est difficile. Le développement est clairement la partie la plus agréable de ce travail. Que ce soit le développement de carrière des artistes ou celui d’un événement, c’est magique d’amener un artiste à rencontrer son public.

Vos interventions en formation font-elles partie de ces désirs de développement ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette transmission ?

Je crois très fort à la formation. Je garde encore en mémoire une formation en diffusion suivie lors de mes premières années chez Klakson, un vrai déclencheur. Ça permet de sortir de l’isolement quotidien. Ça fait une dizaine d’années que je suis dans le métier et des idées incroyables me sont souvent venues de gens frais dans la profession. Je ne me verrais pas faire que de la formation mais j’aime bien sortir la tête de mon entonnoir. Et je crois que mes retours sont bons, donc tant mieux si ça les aide tous, c’est fait pour cela. Il faut en vouloir et ne pas lâcher !