Témoignage : Julien Cassarino – Intervenant

Julien Cassarino est musicien, auteur et compositeur. S’il évolue depuis 15 ans dans le groupe de métal Psykup, il a également développé d’autres projets musicaux, éclectiques et nombreux. Intervenant régulièrement pour témoigner de son parcours artistique (notamment sur la formation Parcours d’artiste), il nous explique ses motivations et son regard sur la formation Avant-Mardi.

Psykup

Depuis quand participez-vous aux témoignages d’Avant-Mardi ?

Pas mal d’années, je crois que ça doit être la 3ème ou la 4ème fois que je viens, ça doit faire trois ans du coup. Il faudrait que je vérifie mais je crois que c’est ça. Et puis je les connais depuis un petit moment, ça doit faire 15 ans.

Avez-vous participé à une formation Avant-Mardi ?

Je ne suis pas passé par le pôle formation mais vu que j’ai commencé dans la musique assez jeune, je les ai connus assez tôt. Et vu que c’est assez incontournable ici Avant-Mardi, assez vite on s’est rencontrés, on a pu échanger des idées, ils m’ont aiguillé sur des pistes, on a discuté, on s’est vus pas mal sur des concerts aussi. Dans le milieu, ici, à un moment donné on passe par eux. Je ne suis pas passé par leur formation mais je connais beaucoup de gens qui l’ont fait.

Qu’est-ce que vous voulez communiquer aux stagiaires à travers vos témoignages ?

Une expérience je pense, parce que quand j’ai commencé il n’y avait pas beaucoup d’organismes de formation et on était très peu au courant du métier. Quand je me suis lancé j’avais 15 ans et on ne savait rien. On savait vaguement ce que c’était un tourneur, ce que c’était un distributeur, ce que c’était une salle de concert, une SMAC… On était vaguement au courant et on faisait au feeling. Ce que j’essaye de communiquer c’est une expérience, c’est à dire ce que je sais par rapport au milieu professionnel, quelles sont les choses à éviter, quelles sont les trucs à faire, l’importance de savoir bien maîtriser plusieurs aspects du métier et pas uniquement la musique, ou au moins savoir s’entourer si on ne sait pas le faire. Au moins s’intéresser, parce que moi je m’intéressais peu à tout le reste, je m’y suis mis avec le temps et c’est essentiel si on veut survivre, avancer, proposer des choses, sinon on se fait balayer ou bouffer.

Justement, pourquoi est-ce si important de connaître les modalités administratives ?

Parce que déjà si on veut l’intermittence on est obligé d’être branché administration, d’être branché papiers et de savoir de quoi on parle parce qu’on peut la perdre très facilement, ou ne pas l’avoir du tout. Et puis on est constamment confronté à des organismes, que ce soit pour avoir des papiers ou juste pour jouer. Si on veut jouer dans des bars évidemment c’est plus simple, mais si on veut jouer dans des bonnes salles, dans de bonnes conditions, ne pas se faire avoir au niveau des défraiements sur la route, ou au niveau des cachets, ou même sortir son CD dans les bacs ou distribuer sa musique, on est obligé d’être au courant de tout. Sinon on se fait arnaquer ou on fait des mauvais choix, et on perd vachement de temps aussi… Et du coup on ne fait pas avancer son projet.

En parlant de projet, le vôtre c’est le groupe Psykup…

Psykup c’est mon projet principal, parce que j’ai commencé quand j’avais 15 ans et là j’en ai 37, et ensuite j’ai fait plein d’autres projets dans d’autres styles. J’ai fait Manimal qui était métal aussi, j’ai fait Simone Choule qui était plus rock, Rufus Bellefleur qui est plus entre du hip-hop, de la musique cajun, de la pop et du rock, j’ai une fanfare de funk aussi dans la rue où je fais du funk et de la soul, j’ai un big band de soul où je fais vraiment du rhythm and blues… Donc j’ai plein de trucs très différents, du jazz aussi, j’essaye de varier au maximum, déjà pour l’intermittence parce que c’est très dur d’avoir une intermittence sur un seul groupe. C’est ce que je dis aux gens à chaque fois, c’est de varier les plaisir, parce qu’à notre époque c’est très dur d’être intermittent sur un projet, à part pour faire de la reprise de Jean-Jacques Goldman c’est très compliqué. Du coup je conseille aux gens de diversifier au maximum les projets. Et aussi parce que j’ai une boulimie musicale et qu’avant tout j’ai besoin de faire des projets différents.

Comment s’articulent les différents projets ?

C’est compliqué, c’est l’agenda, il faut s’organiser. Vu que je suis assez central dans les projets au niveau musical et business, organisation surtout, je suis pas mal en contact avec les interlocuteurs, c’est moi qui centralise les infos, j’organise plein de trucs. Et puis on est obligé de gérer : il faut louer des camions, organiser des répètes, organiser le studio, la composition. C’est un gros boulot extérieur à la musique. La musique est peut-être le nerf de la guerre mais ça devient périphérique une fois qu’on a écrit et qu’on a fait les choses. Il y a une autre démarche qui se met en place, c’est un gros boulot et il vaut mieux être impliqué, sinon d’autres gens le font pour vous. Je n’ai pas envie de perdre prise sur ce que je fais, j’ai envie d’avoir un œil tout le temps sur ce qu’il se passe, comment on me représente etc. Même si on a un manager, il faut discuter avec la personne pour que l’on soit bien d’accord sur l’image que l’on veut projeter.

Et au sein des différents groupes, l’objectif est donc que tout le monde puisse participer à ce travail.

A la base, tout le monde est censé participer mais c’est vrai que selon les personnalités, il y a des gens plus ou moins intéressés ou impliqués. Aussi, tout le monde n’a pas le temps non plus, il y a des gens qui ont des boulots, des familles et des enfants, qui ont moins le temps ou moins l’envie. Donc naturellement il y a des personnes qui se dégagent. Moi en général je gère vachement et j’ai des gens avec moi dans les groupes, ça dépend vraiment des groupes mais il y a toujours une personne ou deux qui sont impliquées et qui participent, et d’autres qui sont plus spectateurs, à qui on demande juste d’être réactif, dès qu’il y a un mail où il faut donner des disponibilités, qu’ils répondent vite. Après il vaut mieux pas qu’il y ait 5 ou 6 personnes parce que si on multiplie les interlocuteurs, on n’arrive pas à centraliser l’info. Tout le monde donne son avis et on perd du temps. C’est bien que quelqu’un fasse le tri avant, ne donne que les infos pour lesquelles il a besoin des autres.

Qu’est-ce que cela vous apporte d’avoir ces différents styles musicaux dans vos projets ?

C’est très enrichissant artistiquement, j’ai besoin de ça, j’écoute beaucoup de musiques différentes donc j’ai besoin de m’exprimer de façons très différentes, en tant que chanteur, que compositeur, c’est ce qui m’intéresse. Et je compose aussi. J’ai fait de la musique pour le DVD de Dedo qui est un ami à moi comique, j’ai fait la musique pour un docu sur le réalisateur Refn, qui avait fait Drive, j’ai fait de la musique pour le film d’un ami… J’essaye de varier les plaisirs en tant que compositeur aussi. C’est un enrichissement humain, on rencontre beaucoup de gens. C’est bien de bosser avec des personnes différentes, il y a des groupes avec qui j’ai beaucoup en commun et d’autres avec lesquels je n’ai rien à voir. On a des rencontres très enrichissantes. Et comme je disais, pour l’intermittence c’est important d’avoir divers projets. Mais je suis content parce que je n’ai aucun projet qui ne me plaît pas, tous mes projets j’y suis investi, même ceux qui sont plus des réarrangements de morceaux connus, comme je peux faire avec mon groupe de soul ou mon groupe de funk. Ce sont quand même des choses qui me plaisent énormément artistiquement. Je ne pourrais pas faire quelque chose qui ne m’intéresse pas. J’ai jamais pu, on m’en a déjà proposé et j’ai refusé, quitte à galérer un peu plus ce n’est pas grave, j’ai quand même envie de m’y retrouver.

Comment vous percevez la demande artistique des groupes qui arrivent sur la scène actuelle ?

Je donne des cours de chant, pas mal de master class, je forme des gens, je côtoie beaucoup de jeunes groupes et de personnes qui ont envie. Et ces gens-là ils ont la dalle, ils sont jeunes, ils ont envie d’avancer. Il y a des gens qui font ça pour les bonnes raisons, qui ont vraiment envie de faire des choses artistiques véritables et il y a des gens… Ils seraient prêts à faire un peu n’importe quoi pour marcher, donc j’essaye de leur dire de rester un peu plus intègre. Ils sont là à changer de musique tous les jours, ils ne savent pas ce qui pourrait marcher alors ils me posent des questions sur ce qui marche en ce moment… Dans ma vision ce n’est pas ça le nerf de la guerre. Après on peut vraiment afficher la musique comme un produit, il y a des gens qui le font, qui font de la musique d’une certaine façon, à bosser sur les parts de marché, essayer de signer sur un truc énorme qui va donner des moyens. Moi j’ai toujours été indé dans ma façon de réfléchir parce que ça a toujours été l’artistique d’abord, et après on voit. Je conseille aux gens d’être surtout intègres avec eux-mêmes, de faire quelque chose qui leur plaît, de se bouger les fesses et vraiment de se renseigner sur le métier. Si on me pose des questions je répondrai toujours. Au départ c’est dur de trouver des gens qui peuvent t’aiguiller, donner des bons conseils, on ne sait pas quel conseil prendre. On avait moins d’organismes de formation à l’époque, moins d’organismes qui s’occupaient des gens qui voulaient se former aux métiers du spectacle, on n’avait pas les coaching scène, etc. C’était moins répandu, ou alors c’était très cher. Maintenant c’est plus abordable donc je conseille aux gens de faire ce genre de choses, se renseigner, discuter avec des gens qui ont de l’expérience, et bosser surtout. Répéter, écrire des morceaux, ne pas attendre que ça tombe tout cuit, ne pas râler. Je dis aux gens d’arrêter de râler tout le temps, d’arrêter de jalouser le succès des autres. Il vaut mieux créer quelque chose, quand on râle on ne crée rien, alors que lorsque l’on crée on fait avancer le schmilblick. C’est de la mauvaise énergie.

Est-ce que vous connaissez les groupes que vous rencontrez lors de votre témoignage sur la formation « Parcours d’artiste » ?

Je me suis renseigné sur ce qu’ils faisaient mais je ne les connais pas. C’est ça qui est marrant, il y a des groupes que j’avais déjà pu croiser, certains, et des fois ce sont des gens que je ne connais pas du tout. C’est intéressant parce que ça me permet de découvrir des artistes, des groupes, des personnalités… Il y a des gens que j’ai suivi ici et depuis je les suis, j’écoute ce qu’ils font. C’est intéressant et surtout si les gens viennent, c’est qu’ils sont motivés. Rares sont les gens qui viennent ici et qu’ils ne le sont pas. S’ils viennent, c’est qu’ils ont envie, c’est qu’ils veulent avancer.