Témoignage : Karim Guerch – Formateur

PhotoDepuis plus de dix ans, Karim Guerch est l’une des figures majeures du développement de la musique électronique à Toulouse grâce à son association Reg@rts. A chaque rentrée, la ville devient le terrain de jeu de tous les amateurs de découvertes musicales, durant les semaines du festival Electro Alternativ’. Mais pas seulement : soirées au Bikini, événements en France et accompagnement artistique, Karim Guerch a su développer une structure à son image. C’est d’ailleurs sa propre vision de l’économie du spectacle qu’il souhaite transmettre aux stagiaires des formations Chargé(e) de production de spectacle vivant et Orientation aux métiers du spectacle vivant, à Avant-Mardi. Il a accepté de nous l’expliquer.

Depuis quand intervenez-vous dans les formations d’Avant-Mardi et quel est votre lien avec la structure ?

J’interviens à Avant-Mardi depuis quatre ans. Reg@rts est une structure adhérente au réseau, je représente à la fois Reg@rts et Klakson. Au début de notre activité, Avant-Mardi a été un centre de ressources qui nous aiguillé sur les différents dispositifs, qui a facilité nos relations avec les élus et qui a œuvré à nous mettre en contact avec des membres du réseau avec lesquels on collabore encore aujourd’hui. Les relations se sont ensuite développées, Avant-Mardi a fait un travail assez considérable ces dernières années.

Vous intervenez en formation, sur quels domaines plus précisément ?

J’interviens sur le modèle économique : gérer des budgets, réaliser des budgets prévisionnels, penser le modèle économique, prioriser les choix, structurer le travail, s’organiser, etc. J’apporte à la formation un aspect très économique du spectacle vivant. C’est complémentaire avec les autres formateurs qui interviennent sur les domaines administratifs, légaux, le rôle de l’artiste, etc. J’essaye d’expliquer en quoi la culture, comme toute industrie, est un objet économique qu’il est important de considérer en tant que tel.

Justement, quelle est votre approche face à cette économie culturelle ?

Je ne fais pas de différence entre la nature juridique des structures, que ce soit une grosse entreprise ou une association. Pour moi c’est une distinction qui ne sert pas à étayer une stratégie. A partir du moment où il y a des hommes et des femmes qui utilisent des ressources humaines et financières pour arriver à un but, les méthodes qui servent aux entreprises s’appliquent tout à fait au spectacle vivant. Forcément, les préconisations sont différentes en fonction des contraintes spécifiques à chaque structure. Même en tant qu’association à but non lucratif, c’est une réflexion à avoir en interne.

Comment définiriez-vous l’association Reg@rts ?

Historiquement, Reg@rts s’est spécialisée dans les musiques électroniques en portant un festival. Petit à petit, elle est devenue une structure qui produit une trentaine de dates par an au Bikini. Il y a quatre ans, on a diversifié notre activité en faisant de la prestation de services. Le risque est important en produisant un festival ou des soirées, il est inhérent à ce processus. Je ne peux pas savoir ce que je vais dégager d’une soirée avant qu’elle ait lieu. En revanche, la vente d’un contrat permet de savoir quelles sont mes marges et ce que je vais facturer. On a donc développé des prestations de services, à la fois de l’aide à la programmation, de la régie, du street marketing et une partie de coproduction avec des opérateurs à Paris, Bordeaux ou Marseille. Ce faisant, nous pouvons sécuriser nos frais fixes et gérer les activités à risque comme le festival. Aujourd’hui, Reg@rts est une structure dans l’économie contemporaine du spectacle vivant et des musiques actuelles.

Quelle est votre définition des musiques actuelles ?

J’ai une définition marketing des musiques actuelles. Elles ne passent pas sur les grandes ondes et elles sont principalement écoutées par des personnes dont la moyenne d’âge varie entre 16 et 30 ans.

En tant que directeur de Reg@rts, quelles sont vos missions ?

Principalement de l’animation d’équipe, c’est-à-dire trouver les bonnes personnes et les mettre à la bonne place, définir une stratégie de développement à long terme, gérer les négociations, les partenariats, les contrats avec les structures externes avec lesquelles nous développons notre activité, etc. Je fais également de la veille artistique et de la programmation que je dirige en grande partie. 

Sentez-vous un changement dans la perception des musiques électroniques ?

Il y a un changement radical. C’était une difficulté lorsque l’on a commencé, car la musique électronique n’était pas considérée comme de la musique. Aujourd’hui, je suis très amusé de voir que les festivals dédiés à la musique dite « actuelle », ceux-là même qui il n’y pas si longtemps regardaient la musique électronique avec un œil condescendant voire méfiant, ont une part grandissante de leur programmation qui y est dédiée. La difficulté est devenue une force, puisque nous étions dans un segment du marché dans lequel les autres ne se trouvaient pas. On a développé des relations privilégiées avec les tourneurs internationaux avec lesquels on travaille.

Electro Alternativ’ organise également des soirées aux horaires moins tardifs, est-ce un moyen de développer la vision de l’esthétique ?

Nous voulons juste être fidèles à ce que sont les musiques électroniques, au-delà de la vision encore stéréotypée consistant à ne percevoir que la techno sur laquelle on danse en faisant la fête. Bien entendu, on organise des événements de ce type. Mais historiquement, la production électronique est bien plus diverse, mais aussi bien moins connue du grand public. Pour nous, c’est donc normal et non pas stratégique d’avoir cette programmation.

Vous êtes formateur, mais également professeur en école supérieure. Qu’est-ce qui vous plaît dans l’enseignement et la transmission ?

Enseigner me plaît énormément. Je ne peux pas expliquer pourquoi, mais j’aime beaucoup intervenir. En parallèle, je fais de l’audit pour des entreprises avec aussi du conseil sur de la gestion. Je trouve surtout intéressant le fait de partager le savoir, c’est une chose à laquelle je tiens énormément au sein d’Avant-Mardi.