Témoignage : Martine Cécillon – Intervenante

IMG_7418Afin de permettre aux stagiaires en formation de mieux comprendre l’articulation du réseau et plus largement du secteur, nous avons fait appel à Martine Cécillon. Conseillère action culturelle et territoriale à la Direction Régionale des Affaires Culturelle (Drac), elle s’investit depuis plus de quatre ans dans la démocratisation et la démocratie culturelle. Deux notions qu’elle souhaite également transmettre aux stagiaires des formations Orientation aux métiers du spectacle vivant et Production de spectacle vivant.

Quel est le lien qu’entretient la Drac avec Avant-Mardi ?

Avant-Mardi est un réseau de musiques actuelles, la structure est soutenue par le Ministère de la Culture, donc de fait par la Drac. Nous avons un lien avec le conseiller sectoriel et le service action culturelle : musiques actuelles, création, diffusion, etc. Lors de ma prise de poste en 2012, j’ai rencontré l’équipe d’Avant-Mardi et j’ai réalisé qu’en termes d’action culturelle, nous pouvions travailler ensemble. Ils m’ont également proposé d’intervenir dans des formations, ce que j’ai fait plusieurs fois. J’ai toujours trouvé cela extrêmement intéressant.

Que souhaitez-vous transmettre aux stagiaires ?

Ils sont souvent avides d’outils, je viens donc leur transmettre cela. Mais avant tout, j’ai à cœur de transmettre les notions de démocratisation culturelle et de démocratie culturelle. Je leur explique la philosophie, les enjeux et les objectifs du Ministère de la Culture quant aux aides apportées aux artistes et aux opérateurs culturels, ainsi que ce qu’est l’action culturelle. Il s’agit avant tout d’une rencontre entre un public et un artiste, l’œuvre d’un artiste, la démarche de création, la connaissance du savoir sur un art.

Pourquoi est-ce si important que ces différents acteurs comprennent le rôle de l’État dans leur secteur ?

Peu importe la technicité et le métier, ce que l’on fait doit avoir du sens. Pour cela, il faut comprendre dans quel contexte on s’insère et la politique qui y est liée. Je décline selon les métiers de chacun. En France, le Ministère de la Culture a pour objectif de contribuer à soutenir la création contemporaine innovante. Savoir cela permet de comprendre pourquoi certains projets ne sont pas soutenus. Le second volet est la démocratisation culturelle, c’est-à-dire amener les œuvres de l’humanité, notamment celles de la France pour reprendre les propos d’André Malraux, au plus près des personnes qui en sont les plus éloignées. Mais il y a la démocratie culturelle, qui est une réflexion quant à la prise en compte de la diversité culturelle représentée dans notre pays et les cultures de chacun. Je pense que tout le monde n’a pas cette réflexion, et pourtant elle est indispensable au préambule du métier de conseiller à l’action culturelle. Je souhaite transmettre ces valeurs aux stagiaires.

Vous êtes conseillère action culturelle et territoriale. En quoi cela consiste ?

Le ministère – et je l’explique aussi aux stagiaires – a trois grandes directions : les monuments historiques, la création et la démocratisation culturelle et la transmission des savoirs. Je travaille pour mettre en oeuvre cette dernière. Le budget afférent à cette politique a pour vocation d’amener la culture à des personnes qui en sont éloignées pour des raisons géographiques (ruralités, quartiers urbains), sociales, économiques, sanitaires (hospitalisation, handicap, vieillesse), juridique (milieu carcéral, protection judiciaire). Nous souhaitons toucher toutes ces personnes n’ayant pas accès à la culture et à l’art, notamment parce qu’ils s’imaginent souvent que ce n’est pas pour eux. Et là, notre travail est très important.

Comment ces objectifs se concrétisent-ils ?

Au niveau national, cela se concrétise par des partenariats interministériels. Il existe des conventions entre le Ministère de la Culture et les Ministères de la Justice, de l’Éducation nationale, de l’Agriculture, de la Santé, de la Politique de la ville, etc. Ces conventions bénéficient de déclinaisons régionales avec des grandes ambitions et des projets concrets. Il y a des appels à projets annuels cofinancés entre les ministères, des projets avec les collectivités territoriales, pour la ruralité par exemple. On monte des résidences de territoires en régions : ce sont des temps de présence longs d’actions culturelles durant lesquelles des artistes se rendent dans des lieux éloignés de la culture ou dans lesquels leurs esthétiques ne sont pas représentées afin de permettre cette rencontre dont il a déjà été question.

L’idée est d’amener les élus à s’interroger sur la compétence culturelle ou plutôt la « responsabilité culturelle », l’intérêt de la culture et du lien social. Pour les artistes, il s’agit de leur montrer que la création est importante mais que le public et ses variations le sont aussi. Nous souhaitons interroger la place de l’artiste dans la cité : il permet d’amener du bien-être, une ouverture au sensible, mais aussi de l’étonnement, de la contestation, une certaine forme de déstabilisation. L’artiste apporte un autre regard sur la réalité qu’il partage avec les habitants. Cette interrogation pousse également l’artiste à remettre en perspective sa propre création. C’est cet échange et ce juste équilibre entre les deux qui est intéressant et riche.

Pourquoi travaillez-vous dans ce domaine ?

Transmettre est quelque chose qui m’anime. On fait un métier militant, au sens où c’est un combat pour une cause que l’on considère juste : la démocratisation culturelle. C’est un travail dans lequel on rencontre des acteurs, qu’ils soient culturels, politiques ou des habitants. C’est également un métier de conviction, de persuasion. Tout le monde n’est pas convaincu de l’intérêt de la culture, elle passe souvent en dernier, et pourtant c’est ce qui fait notre humanité. Je suis donc animée par la transmission, l’art et cette idée de convaincre. Je suis satisfaite lorsque j’y arrive mais c’est avant tout un travail partenarial.

Entre votre métier à la Drac et vos interventions à Avant-Mardi, est-ce que les processus de transmission sont comparables ? Quelles sont les convergences que vous y voyez ?

L’art de la conviction, de l’argumentation et de la persuasion sont indispensables. Il faut être convaincu soi-même et techniquement avoir les moyens de cette conviction, c’est-à-dire des financements pour monter des projets. Évidemment, il n’est pas question de financement lorsque je fais une formation à Avant-Mardi, mais j’essaye de convaincre que mon métier est intéressant et pertinent. Il faut que les stagiaires aient conscience de l’importance de leur place dans le maillon de la chaîne culturelle, de l’assistante sans qui les dossiers de subventions ne partiraient pas, en passant par l’artiste qui s’engage dans un projet. Le dernier ingrédient essentiel est le rapport de confiance et le respect. S’il y a un manque de confiance entre les partenaires sur un projet, rien ne peut fonctionner. Et pour ce faire, il faut qu’ils se respectent et qu’ils respectent leur périmètre professionnel. Enfin, je pense que le plaisir est essentiel et qu’il doit surtout être partagé par tous les acteurs du projet. J’ai du plaisir lorsque je fais mon métier.