Témoignage : Olivier Nicaise – Partenaire et directeur du Bolegason

Certaines formations d’Avant-Mardi donnent la possibilité aux stagiaires de découvrir des lieux emblématiques du secteur culturel régional : des instants de rencontres mais également de perfectionnement, en particulier dans les domaines techniques. C’est le cas d’Initiation aux techniques du spectacle vivant, formation pour laquelle les stagiaires se rendent dans la célèbre salle tarnaise, Lo Bolegason (le Boleg’ pour les initiés). C’est à Castres que cette scène de musiques actuelles voit le jour en 2001. Olivier Nicaise en prend les rênes en 2011 et participe depuis avec son équipe à l’accompagnement de nombreux artistes régionaux. Retour avec lui sur les domaines d’activités de son espace culturel, sa vision du secteur musical et son lien avec Avant-Mardi.

Olivier Nicaise

Depuis quand faites-vous partie du réseau Avant-Mardi ?

Je suis directeur du Bolegason depuis cinq ans, mais il existe depuis 2001. Je crois que depuis sa naissance, la direction ou quelqu’un du Bolegason a toujours été membre du conseil d’administration d’Avant-Mardi, donc c’est assez historique. 

Pour les gens qui ne le connaissent pas, pouvez-vous expliquer ce qu’est le Bolegason ?

Le Bolegason est ce qu’on appelle une scène de musiques actuelles, qui se trouve à Castres dans le Tarn, à 80 kilomètres de Toulouse. Scène de musiques actuelles, ça veut dire que c’est d’abord une salle de spectacles et de concerts de 500 places qui propose des concerts d’artistes professionnels et beaucoup d’artistes de la région. C’est aussi de multiples activités autres que la diffusion, même si elles se voient peut-être un peu moins dans sa communication. On répond à un cahier des charges du Ministère de la Culture, qui correspond à faire de l’action culturelle, donc de la sensibilisation des publics. On fait aussi de l’éducation artistique, c’est-à-dire qu’on travaille avec des écoles, des publics jeunes, en difficulté, etc. L’objectif est de leur faire découvrir ce qu’est le secteur des musiques actuelles. Ça passe par des visites du lieu, des rencontres avec des artistes, des ateliers artistiques de pratique musicale avec des artistes. On leur explique comment on fait pour écrire une chanson par exemple, à travers différents ateliers pratiques. Tout cela se déroule dans des lycées et des collèges. On a également des studios de répétition qui tournent cinq jours sur sept, où les groupes locaux peuvent venir répéter dans d’excellentes conditions : insonorisation, mise à disposition du matériel avec un accueil technique… Et on accueille aussi énormément de groupes en résidence. Qu’est-ce qu’un groupe en résidence ? C’est un groupe qui, avant de monter sur scène devant un public, côtoie la scène sans public pour travailler son show, son spectacle. Ça peut être au niveau de la mise en scène, du son, des lumières etc. Donc on propose un espace de travail à des artistes de tous les niveaux : ça peut être des artistes amateurs aussi bien que des artistes très confirmés. Ils viennent utiliser la salle de spectacles du Bolegason parce qu’elle est très bien équipée au niveau du son et des lumières pour faire ce travail.

Comment faites-vous pour choisir ces artistes ? Je suppose qu’il y a une grande demande…

Effectivement, on est hyper sollicités parce qu’il n’y a pas énormément de lieux sur la région… Donc on est très sollicités par des groupes du Tarn, mais aussi de la région toulousaine, qui ont besoin d’espace de travail pour anticiper tout ce qu’ils vont pouvoir proposer au public. On essaye d’être ouverts au maximum, de refuser le moins de groupes possible, mais on doit évidemment filtrer les demandes. Ça passe par un mini diagnostic par lequel on essaye de voir si ce temps de résidence qu’on va leur proposer – qui peut être de un à cinq jours, voire plus – correspond vraiment au besoin du groupe au moment T auquel il le désire. Parfois, des groupes vont avoir des envies ou des fantasmes qui sont pas être forcément judicieux avec là où ils en sont dans l’évolution de leur projet. C’est pourquoi on essaye vraiment de jauger selon ce critère et d’accepter les groupes au moment où vraiment c’est important pour eux de venir sur scène.

Vous êtes aujourd’hui le directeur du Bolegason. Que faisiez-vous avant ? Quel est votre parcours professionnel ?

Ça date un peu ! J’ai démarré en tant que musicien amateur et assez rapidement, pour palier au manque de structuration dans la petite ville de banlieue parisienne dans laquelle j’habitais, on s’est formé en association avec un collectif de musiciens. On a demandé à la ville de mettre à disposition un local de répétition et de mettre en place des cours de musique. Cela a démarré comme ça, il y a quelques dizaines d’années. Et de fil en aiguille, des musiciens et des groupes se sont formés et il y a eu une envie et un besoin de se produire devant un public. Notre association s’est alors transformée en organisateur de concerts pour les groupes qu’elle gérait au sein du studio de répétition. Tout cela a donné des professionnalisations de certains membres de l’association. Le projet a évolué, on s’est structurés sur l’événementiel et l’organisation de concerts, ça a duré un certain temps. Ensuite j’ai travaillé au sein d’une SMAC qui se trouve à Rambouillet dans les Yvelines, en région parisienne. J’étais responsable du pôle musiques actuelles, c’est-à-dire responsable de la programmation et du studio de répétition où j’ai œuvré pendant 6 ans. Ensuite je suis parti au Bolegason. 

Vous faites beaucoup d’accompagnement artistique. Quel est l’objectif ? Quelle est la demande des artistes ?

La demande est très variée, c’est pour cela qu’une personne est spécifiquement chargée de l’accompagnement des groupes au Bolegason (ndlr : Virginie Bergier, chargée d’accompagnement des pratiques artistiques & Espace Répétitions). Sa mission première est de détecter et de faire le point avec les groupes. Je parlais de diagnostic tout à l’heure sur les résidences, c’est la même chose avec l’accompagnement. C’est-à-dire prendre le temps avec les groupes de défricher, d’éclaircir et de préciser à quel moment ils se trouvent dans l’évolution de leur projet. On s’interroge sur ce que l’on peut faire en tant que SMAC avec les compétences que l’on a, qui sont à la fois diverses et variées et à la fois limitées, pour leur apporter les outils qu’on possède au Bolegason : le studio de répétition, d’enregistrement, la salle de spectacles, et le savoir-faire de la chargée d’accompagnement qui fait du coaching scénique. Il s’agit vraiment d’essayer de cibler au maximum sur quels points on peut intervenir avec ces groupes. Donc c’est très varié, parce qu’un groupe de musiciens c’est autant d’individus que de problématiques, et cela donne évidemment un nombre énorme de probabilités concernant les aspects sur lesquels on peut intervenir. Il n’y a pas vraiment de recette. On établie un diagnostic comme si vous alliez chez le médecin ou chez un coach sportif. On se demande ce que l’on peut mettre en place pour arriver aux objectifs du groupe, et à partir de là on essaye soit d’intervenir en direct, soit de les conseiller ou de les orienter vers d’autres structures, comme Avant-Mardi qui a des compétences que l’on a pas.

Qu’est-ce que vous conseillez aux stagiaires que vous accueillez dans votre espace ?

On intervient très peu sur le domaine artistique, c’est vraiment un des prérequis. Parce qu’on n’est pas un bureau de production artistique, un label ou un directeur artistique. Donc vraiment, un des prérequis c’est d’intervenir le moins possible sur la matière artistique : ça appartient au groupe, à leur projet, à leur envie de faire quelque chose, comme un peintre qui a envie de peindre le fond en bleu, on ne va pas lui dire de le faire en vert. On intervient davantage sur la technicité, même si parfois la limite est très ténue. Ça peut être par exemple sur la prestation scénique : comment on fait un concert, comment parler entre les morceaux, comment se tenir sur scène, comment finir un concert, comment faire un set qui est cohérent sur l’enchaînement des morceaux, comment être à l’aise sur scène techniquement, comment faire une bonne balance, etc. On veut régler tous les problèmes techniques qui influent sur la qualité du set. Donc c’est varié, on essaye vraiment de cibler et d’y répondre autant que l’on peut. 

Du fait de l’évolution du secteur culturel, est-ce qu’il y a une évolution du nombre de groupes et de leurs demandes ?

Ça fait une bonne vingtaine d’années que je suis dans le secteur, et évidemment ça a évolué parce que les outils ont évolué. Déjà il y a vingt ans, des salles qui proposaient ce genre de prestations ou de conseils n’existaient pas ou très peu, le secteur s’est énormément structuré. Donc évidemment les artistes et les musiciens un peu perspicaces ont vu toutes ces évolutions et vivent maintenant dans un secteur qui propose davantage de choses qu’avant. Le fait qu’il y ait un studio de répétition par exemple à disposition : il y a vingt ans c’était des caves ou des garages, maintenant ce sont des locaux aux normes acoustiques, ventilés, climatisés, insonorisés, avec un matériel sur place etc. Tout ce qui est du domaine de l’accompagnement c’est encore un peu nouveau dans notre secteur, mais les groupes s’en sont emparés assez facilement et comprennent plus ou moins ce que l’on peut leur proposer. C’est pour cela qu’on est très sollicités. Je pense qu’il y a une lisibilité assez forte de ce qu’on peut proposer au niveau départemental, local mais aussi régional, notamment par le relais que l’on peut avoir avec Avant-Mardi.