Témoignage : Patrick Faubert – Partenaire et formateur

Portrait PatrickAussi loin que remonte la création d’Avant-Mardi, Patrick Faubert a toujours été présent. Depuis qu’il a créé la structure de production et sonorisation musicale L’Agence RAMDAM, Patrick Faubert est également devenu formateur et directeur pédagogique de la formation Technicien son spectacle vivant. Grâce à son expertise, à sa connaissance du secteur et à ses nombreuses expériences dans la création et la sonorisation, il transmet chaque année son savoir aux stagiaires désireux d’exercer son métier. De son parcours professionnel à ses projets futurs, sans oublier sa vision de la formation professionnelle, Patrick Faubert a accepté de nous transmettre sa passion pour le son.

L’Agence RAMDAM participe à l’ingénierie pédagogique de certaines formations, dont Technicien son spectacle vivant. Selon vous, pourquoi est-ce si important de prendre part à ces dispositifs de formation ?

Cela fait partie de nos objectifs au sein de la structure d’avoir une action dans le domaine de la formation. C’est un acte de passation plus que de formation. Je différencie les deux termes. Je n’aime pas l’idée de former, de mettre les gens dans un moule. La passation est ce qui va permettre à des personnes d’accéder à des connaissances par rapport à un métier et de leur éviter de faire les erreurs qu’on a déjà produites. Cela rentre dans une dynamique de pédagogie active où chacun doit être acteur de sa propre formation. 

Comment cette logique de passation s’est construite sur la formation Technicien son spectacle vivant ?

On fait partie des formateurs historiques en France sur ce type de formation. N’ayant pas de cursus scolaire ou universitaire permettant d’accéder à ces compétences, il a bien fallu que des structures comme Avant-Mardi développent des formations pour permettre un accès plus rapide et professionnel. Personnellement, ma volonté de transmettre vient du fait que j’ai moi-même eu des difficultés à me former, je suis autodidacte. J’ai envie de donner un accès plus simple à l’information.

Que souhaitez-vous justement transmettre aux stagiaires ?

On s’adapte beaucoup au public ; on va de la théorie physique, la problématique du son, avec tout ce que cela implique comme raisonnement mathématique, jusqu’à une pratique quotidienne. Chaque année, nous remettons en question notre stratégie pédagogique. L’idée est d’avoir une alternance importante entre la partie théorique et la partie pratique, dans le principe d’une pédagogie active. Depuis quelques années avec Anthony Duvalle, nous réalisons un énorme travail sur l’écoute. On sépare l’aspect émotionnel de l’aspect sensoriel. C’est le travail d’une vie, qui s’alimente en permanence et qui dépend de notre projection personnelle dans l’espace sonore. On s’affranchit le plus possible des critères émotionnels. Cela va nous permettre de modifier les critères techniques de façon beaucoup plus objective, pour arriver ensuite à un résultat émotionnel et artistique qui sera plus en correspondance avec ce que souhaitent produire les artistes. Quelqu’un qui n’a pas cette capacité d’analyse aura beau être un très bon technicien, il n’aura qu’une approche technique du métier. Mais après tout, pourquoi pas.

Vous êtes autodidacte. Quels ont été les moments forts de votre parcours professionnel ?

J’ai toujours été fasciné par l’écoute. Je suis issu d’une génération qui a vu naître la hifi, donc nous n’avions pas un accès qualitatif et quantitatif identique à celui d’aujourd’hui. J’ai commencé très jeune en ayant un groupe de musique dans lequel je bricolais le son. A ma majorité, j’ai exercé ou plutôt appris le métier de sonorisateur avec divers orchestres de bal, puis j’ai participé à la création de l’entreprise Guitars Lag. J’ai ensuite fondé l’école de musique Music’Halle avec Philippe Metz, à Toulouse. Puis j’ai collaboré à la création d’Asquali, une entreprise qui fabrique des odeurs, à la suite de quoi j’ai repris une activité de technicien du spectacle, où j’ai touché à un peu tous les corps de métiers et commencé la régie technique. En parallèle, j’ai fondé L’Agence RAMDAM et je me suis spécialisé dans la prise de son stéréophonique avec la création d’un label. Ces dernières années, j’ai beaucoup travaillé dans les musiques classiques et baroques. Il y a deux ans, j’ai également obtenu un Master II d’audiovisuel parcours son pour valider mes acquis. Actuellement, la structure fait surtout de l’ingénierie son de festivals tels que Les Siestes Electroniques, ainsi que de la prise de son, mixage, production et de la réalisation d’albums.

En tant qu’ingénieur du son, vous travaillez sur différentes esthétiques musicales. Quels sont les moyens techniques demandés selon chacune d’entre elles ? 

C’est une histoire de sensibilité, j’ai quarante ans d’écoute et de curiosité derrière moi. Quand tu aimes autant la musique baroque que la musique électronique, tu mets en application selon les différents besoins. Par exemple, j’ai proposé aux Siestes Electroniques le challenge de faire un gros son, mais sans être trop fort. Il s’agit d’une réflexion sur le dispositif sonore, dont l’objectif est de travailler sur la sensation d’énergie au lieu de la puissance sonore. Mon boulot est de raconter des histoires aux oreilles !

Pour finir, quels sont vos projets pour l’avenir en ce qui concerne votre agence ou la formation ?

Avant-Mardi a obtenu pour 2016/2018 le conventionnement Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée pour la formation Technicien(ne) son spectacle vivant. Le cursus devint de plus en plus pointu et performant, avec un axe important autour du développement de l’écoute et une alternance théorie / pratique plus accentuée.

Concernant les projets d’avenir, surtout des envies artistiques. Je crée des rencontres entre des musiciens qui ne sont pas supposés se croiser parce qu’ils ont des instrumentations et des styles musicaux très différents. Aussi, j’ai pour projet la création d’une pièce de théâtre sonore. L’idée est de rentrer dans une salle avec une installation de diffusion en étant dans un noir relatif. On met les auditeurs dans une situation d’écoute acousmatique (ils ne voient pas la source) et on diffuse une pièce sonore où l’on fait appel à l’imaginaire de chacun pour fabriquer l’image et tout l’espace autour de soi.

Je prépare également un livre sur l’histoire de la sonorisation, co-écrit avec un ami. C’est un travail de niche, mais un marché énorme car il n’y a rien d’écrit sur le sujet. Le déclencheur est la tournée des Beatles en 1965, dans un stade aux États-Unis où il y avait 50 000 spectateurs. Il s’agit alors du plus grand concert de l’histoire du rock et le premier à s’être joué dans un stade. Personne n’a pu entendre le concert, pas même les Beatles car tous les fans hurlaient. C’était la première fois que se posait le problème d’un concert face à un auditoire de cette importance. Celui qui a vraiment déclenché les avancées techniques est Bill Hanley. Il a réalisé la sonorisation du Festival de Woodstock et est l’un des pères fondateurs de la sonorisation de grands concerts. Voilà notre point de départ. Il faut se dépêcher d’interviewer les personnes qui ont créé tout cela, parce qu’elles ne sont plus toutes jeunes et qu’il n’en reste pas beaucoup.