Témoignage : Romain Barbot – Graphiste

Avant-Mardi fait appel aux talents de graphiste de Romain Barbot depuis maintenant deux ans. Connu sous le pseudonyme Iamsailor mais également musicien du groupe Saåad, il nous parle de sa vocation et de l’évolution de son métier.

Quel travail effectuez-vous pour l’association Avant-Mardi ?

Je réalise principalement les plaquettes d’information semestrielles pour les pôles formation et ressource. D’ailleurs, il m’arrive d’intervenir ponctuellement pour la ressource dans le cadre de l’atelier « Construction de l’identité visuelle des projets musicaux ». Il s’agit d’une discussion permettant d’orienter les personnes qui se lancent dans un projet et d’apporter des éléments de réponse sur ce qu’ils doivent savoir ou comprendre d’une identité visuelle réussie. J’essaie de partager mon expérience et de faire en sorte qu’ils évitent certains écueils fréquents au démarrage.

Pouvez-vous me décrire votre parcours ?

Après mon baccalauréat, j’ai intégré l’ETPA à Toulouse et j’en suis sorti diplômé avec l’équivalent d’un BTS en 2003. Je suivais une formation en infographie et multimédia qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui. Puis j’ai travaillé pour l’antenne régionale du Musée des Arts et Métiers pendant quatre ans. A la fin de cette expérience, je me suis lancé en indépendant ; c’était en 2007 et cela fait dix ans maintenant que je travaille à mon compte.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre projet Iamsailor ?

Iamsailor est mon pseudonyme de graphiste que j’utilise depuis le démarrage, même s’il m’arrive parfois de ne pas signer sous ce nom. Iamsailor représente quelque part mon entreprise personnelle. Sur ce site, je mets avant tout mes travaux créatifs et musicaux, je filtre un peu plus les travaux institutionnels.

Justement, votre démarche créative diffère-t-elle selon le client ?

Absolument. Lorsque je produis un travail institutionnel pour une association comme Avant-Mardi, les attentes sont très différentes de celles d’un groupe de musique. En soi, il y a deux types de profils : d’un côté les personnes qui me demandent un outil de communication, avec une cible et des contraintes. Ce produit n’est pas représentatif d’un goût personnel, mais doit plutôt refléter l’image de l’institution. D’un autre côté, j’ai des groupes de musique qui souhaitent véhiculer une image identitaire très forte dans leur produit final. Ils vont souvent plus loin dans l’illustration et dans la démarche artistique. Donc oui, ce sont des approches très différentes. C’est aussi pour ça que j’aime beaucoup travailler pour des groupes de musique. Ils ont vraiment envie d’aller au bout de leurs idées et de pousser la personnalisation du projet à terme.

Votre travail possède une patte graphique très reconnaissable. Comment avez-vous développé ce style et comment le décrivez-vous ?

C’est un style qui évolue en fonction des demandes. J’ai beaucoup travaillé pour des groupes essentiellement issus de la scène punk, métal, indie ou alternative. Ces groupes ont des goûts graphiques très précis et cet univers m’a beaucoup influencé. J’aime retranscrire une certaine forme de naïveté dans mes travaux, notamment dans les collages et les montages. Je travaille beaucoup à la main et sur papier, je dessine, je scanne, etc. L’ordinateur intervient vraiment en bout de chaîne dans mon processus de création ; il me sert à assembler et à réaliser les derniers réglages. Aussi, plutôt que d’aller sur Internet chercher par exemple des textures de papier déchiré, je préfère le faire moi-même et le numériser. J’aime beaucoup ce côté « fait-main » et je préfère valoriser ces techniques plutôt que le tout numérique.

Étant également photographe et musicien en parallèle, je ne suis pas tant que ça influencé par les tendances graphiques actuelles. Pour répondre aux demandes d’un groupe, j’essaie plutôt de créer un univers cohérent et consistant autour de leurs envies. C’est ce que j’adore dans le fait de réaliser des pochettes de disques ; l’album a un univers qui lui est propre, souvent au-delà de l’univers de l’artiste en lui-même. Le message que j’essaie d’illustrer n’a souvent rien à voir avec les tendances graphiques actuelles.

Naturellement, je suis davantage porté vers la sobriété. J’essaie d’inciter les gens à comprendre que la simplicité marche très bien, souvent même mieux que les choses complexes.

Vous n’êtes pas seulement graphiste, vous justifiez également de plusieurs expériences en web et photographie (entre autres). Ce panel de compétence est-il nécessaire à un graphiste dans la conjecture actuelle ?

Oui, mais c’est applicable à tous les domaines artistiques. Par exemple, pour un photographe qui ne fait pas de la vidéo aujourd’hui c’est beaucoup plus dur de s’en sortir. Pour pouvoir vivre de ce métier dans le contexte actuel – à moins d’avoir vraiment décollé dans un domaine précis – il faut savoir et vouloir toucher à tout.

Ce sont des métiers en perpétuelle évolution et qui demandent une auto-formation continue. Aussi, pour prendre le cas d’un groupe de musique, mon travail s’arrête rarement à la simple production d’une pochette d’album ; le groupe me demande souvent une charte graphique, des bannières web, des livrets de communication, etc. Si ma seule compétence était le graphisme pur et dur, je serais très limité dans mes services proposés. La polyvalence est ce qui crée la différence aujourd’hui.