Témoignage : Serge Borras – Partenaire et directeur de la Grainerie

IMG_7413La Grainerie est un espace privilégié du territoire toulousain. Dans ces immenses locaux de Balma se mêlent artistes professionnels et amateurs, école et résidence de création, réflexion et pratique artistique. La Grainerie, en tant que fabrique des arts du cirque, tend à développer le nouveau cirque dans une démarche solidaire et sociale, au plus proche des publics et des artistes. Directeur de la structure depuis trois ans maintenant, Serge Borras milite pour l’émergence des talents de demain et à la pérennité des pratiques circassiennes.

Chaque année, c’est dans cette démarche qu’il accueille les stagiaires des formations Chargé(e) de production de spectacle vivant et Orientation aux métiers du spectacle vivant d’Avant-Mardi.

Quelle est votre relation avec Avant-Mardi et depuis quand êtes-vous en lien avec le pôle formation ?

La Grainerie est l’un des partenaires des cursus de formation d’Avant-Mardi, notamment sur des questions de découverte du paysage culturel de Toulouse Métropole. Les stagiaires viennent une journée à la Grainerie pour découvrir ce qu’est une fabrique des arts du cirque et ainsi appréhender le secteur circassien du territoire. A titre personnel, j’ai travaillé avec Avant-Mardi depuis la fin des années 1990 au Chaînon Manquant. On recevait des stagiaires à l’occasion de festivals à Cahors ou à Figeac, pour une semaine complète d’immersion sur la formation Initiation aux techniques du spectacle. On a également pu collaborer avec Avant-Mardi autour de projets artistiques et culturels transfrontaliers à l’époque de la mission de l’Eurorégion Midi-Pyrénées Méditerranée. Avant-Mardi est un acteur dynamique du paysage culturel.

Vous faites visiter La Grainerie aux stagiaires d’Avant-Mardi.

Tout à fait. Lors de la présentation globale du projet, on expose nos missions : l’entraînement, l’accompagnement de l’émergence artistique dans le secteur circassien, l’activité internationale avec les projets transfrontaliers et européens, la politique des publics, nos partenariats, la préfiguration d’une saison des arts du cirque à l’échelle métropolitaine. Lors de la visite du lieu, une rencontre est également organisée avec les différents salariés de l’association Grainerie.

A travers cet accueil, que souhaitez-vous transmettre aux stagiaires ?

Les stagiaires sont souvent très surpris par l’importance du secteur circassien de notre territoire. La Métropole toulousaine et la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées sont extrêmement riches en compétences artistiques liées au cirque. On estime à l’échelle française un peu moins de 500 compagnies professionnelles, dont environ 150 dans notre Région. Depuis des années, il s’agit d’une volonté des élus d’identifier ce territoire comme une terre de cirque. C’est l’une des rares régions à disposer d’une école de rang national et international avec le centre de formation des arts du cirque du Lido, d’un lieu de fabrique pour les premiers pas qui est la Grainerie, à proximité d’un pôle national qui figure tous les ans dans les grands pôles nationaux des arts du cirque, CIRCA à Auch. Il y a également un module universitaire qui s’est intéressé aux arts du cirque à travers la diffusion, l’accueil en résidence et les formations. Cette véritable filière est adossés à une communauté circassienne très importante. Finalement, c’est peut-être la deuxième plateforme mondiale après Montréal.

Comment pourriez-vous définir un espace comme la Grainerie ?

On essaye d’être un centre ressource au service des arts du cirque. On abrite à peu près toutes les activités, depuis l’entraînement jusqu’aux premiers pas en diffusion, autant au local qu’à l’échelle internationale. Se trouvent ici plusieurs corps de métiers : des bureaux de production, une école, des compagnies… Ces savoir-faire sont complémentaires. On souhaite être utile aux enseignants, aux animateurs, aux éducateurs lorsqu’il s’agit de monter les projets d’actions culturelles, aux équipes artistiques quand elles ont besoin d’étapes de recherche et de création, à des opérateurs à l’échelle nationale ou internationale, d’être un relai pour le chemin de l’Aéropostale qui a fait la grandeur de Toulouse au début de l’aviation. Barcelone puis le Brésil, l’Argentine… Les grands acteurs de ces villes ont déjà des relations, nous on sert de ressource, de plateforme et on communique autour de la force de cette communauté circassienne. Cela permet de mener des opérations, des échanges, des master class, des sessions de formations, qui toutes sont mises en communication de façon singulière.

Quels sont vos objectifs à vous, en tant que directeur ?

Mes objectifs sont d’améliorer les conditions d’accompagnement de la création circassienne. Une fabrique est d’abord un outil au service de la création, on essaye donc de travailler les séjours dans la durée, d’accompagner les artistes dans leur recherche de partenaires, de faire de la mise en réseau pendant la création, de trouver des lieux sur le territoire capables d’accueillir des personnes en création, de signer des conventions avec des communes de Toulouse, avec les services socioculturels de la ville, pour disposer d’autres espaces de recherche et de création que la Grainerie pour les équipes artistiques. On aimerait aussi avancer sur une saison métropolitaine des arts du cirque en partenariat avec d’autres opérateurs, travailler à la rencontre des disciplines artistiques.

Vous souhaitez créer du lien social, votre démarche est solidaire. Quelles sont les problématiques liées au public et au cirque ?

Dans l’imaginaire collectif, les personnes pensent surtout au cirque traditionnel et non pas au nouveau cirque, même à Balma, où la Grainerie est implantée depuis ses débuts. Il s’agit de faire comprendre ce qui a structuré le nouveau cirque ces trente dernières années, qu’il s’agit aujourd’hui d’un cirque de création. On veut travailler à la rencontre entre performance physique et création tout en mettant en lumière l’intérêt du nouveau cirque dans la transmission et l’éducation artistique. On remarque par exemple que la discipline sert énormément à la liaison parentale par la pratique de rencontres parents-enfants par exemple. Le cirque permet des échanges entre les générations. On travaille aussi avec des personnes âgées ou des personnes en situation de handicap ou en difficulté sociale. Je pense véritablement que les valeurs portées par le cirque répondent à ces enjeux de médiation.

Depuis vos débuts professionnels, comment êtes-vous devenu directeur de la Grainerie ?

Lorsque je suis arrivé à Toulouse, j’ai fait de la gestion de production, puis j’ai été barman dans des lieux qui avaient tous un rapport au spectacle : une cave de jazz, le Théâtre Garonne, le Bijou… Je me suis reconverti dans le spectacle en m’intéressant à l’aspect administratif de ces métiers en réalisant une licence. J’ai eu la chance de pouvoir faire mes armes en tant que directeur d’une petite programmation en milieu rural, puis d’être embauché au réseau Chaînon durant onze ans. J’ai suivi un master de direction de projets culturels à l’Observatoire de politiques culturelles de Grenoble, à la suite de quoi j’ai dirigé un théâtre en Aquitaine jusqu’en 2013. Je souhaitais revenir à Toulouse, j’ai postulé à une annonce concernant le poste de direction de la Grainerie, et me voilà.

Quels sont vos objectifs à la Grainerie pour l’avenir ?

Nous aimerions améliorer les conditions d’entraînement pour offrir aux artistes plus de souplesse. Nous nous interrogeons sur certaines disciplines circassiennes. Par exemple, la discipline grand volant est en perte de vitesse en Europe. Nous nous questionnons avec les lieux qui permettent les entraînements en Europe pour que la pratique ne disparaisse pas, ou sur l’acceptation que le grand volant n’aura plus d’artistes chez nous mais en Asie ou en Amérique Latine. Le cirque est international et il peut continuer à se développer dans ce sens. On veut continuer le développement des projets d’éducation artistique et d’action culturelle sur les territoires. Arriver à développer cette saison métropolitaine des arts du cirque, ce serait déjà beaucoup. J’aimerais que l’on accueille une crèche. On collabore aussi avec un webmagazine et on aimerait qu’ils puissent s’installer ici de façon régulière. On a beaucoup de projets !