Témoignage : Alain Navarro – Partenaire et directeur d’Arpèges & Trémolos

Un anniversaire est actuellement fêté à Albi. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit des vingt ans du festival Pause Guitare. Et que le temps passe vite quand on s’amuse ! C’est du moins ce qui ressort du témoignage de notre intervenant du jour : Alain Navarro. Directeur de l’association Arpèges & Trémolos depuis sa création (dont nous parlait déjà Marianne Grillot en tant que formatrice à Avant-Mardi), il organise trois festivals symboliques dans le département du Tarn : Pause Guitare, Les Ptits Bouchons et Un Bol d’Airs. Alain Navarro partage sa riche expérience aux stagiaires des formations Production de spectacle vivant, Orientation aux métiers du spectacle vivant et Parcours d’Artiste depuis de nombreuses années. Retour sur un parcours atypique.

Alain Navarro

Votre association organise plusieurs festivals. Quelle est la ligne directrice ?

Nous fêtons cette année à Albi la vingtième édition du festival Pause Guitare, qui reçoit entre 70 et 80 artistes sur chaque édition. La volonté de l’association est d’associer des artistes en émergence et des découvertes aux têtes d’affiches, qu’elles soient internationales ou nationales. Depuis toujours, c’est une mission pour laquelle on met beaucoup de cœur. Le festival doit être accessible aux artistes locaux, régionaux ou en devenir.

Quelle a été votre volonté à la création de ce festival ?

Durant les trois premières éditions, le festival était uniquement consacré à la guitare, avec beaucoup de stages (jazz manouche, classique, bossa ou flamenco). J’ai trouvé cela intéressant qu’un festival puisse aussi servir à des jeunes guitaristes venant parfois de loin, de pouvoir imaginer un accompagnement possible. Très rapidement, on a eu envie de voir ces jeunes dans les premières parties. J’ai ressenti l’intérêt que cela représentait pour eux, dans leur travail, d‘être intégrés dans la programmation d’un festival.

Dès la quatrième édition, le festival s’est plutôt axé sur la chanson francophone et ce pendant quelques années. On a officialisé les choses dès la 11e édition, avec une vraie scène tremplin et un lauréat. On organise également une scène découverte avec des artistes franco-canadiens. Depuis quelques années, le partenariat avec Avant-Mardi est l’occasion de programmer les trois artistes qui ont été repérés aux sélections régionales des Inouïs du Printemps de Bourges. Depuis deux ans, nous réalisons le même processus avec trois artistes repérés via le Music in Tarn.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la chanson francophone ?

C’est de voir cette création, ce bouillonnement dans le cerveau, cette envie de vivre. L’envie de vivre tout simplement. Je suis beaucoup plus sensible à ce qui vient de la jeunesse qu’à l’héritage de la génération dont je fais partie.

Pause Guitare a beaucoup évolué artistiquement. Qu’est-ce qui fait qu’un artiste va vous attirer, que recherchez-vous en tant que dénicheur de talents ? 

Je distingue clairement cette recherche artistique de la grande scène pour laquelle j’ai des contraintes économiques, et où l’objectif est d’arriver à atteindre 10000 ou 12000 personnes par soir. Les six autres scènes perdent beaucoup d’argent, donc autant que ce soit pour le plaisir et pour faire fructifier quelque chose. On ne s’est pas trop trompés, puisque ces petites scènes ont vu passer des artistes tels que Cali, Sanseverino ou Bénabar, ou il n’y a encore pas si longtemps Cats on Trees. Il y a 5 ans, je me rappelle de la montée de Renan Luce. Beaucoup m’ont dit après le festival : « Mais pourquoi tu n’as pas fait venir Renan Luce ? ». Il y était ! Mais sur une petite scène et personne ne l’avait vu.

Concernant Les Ptits Bouchons et Un Bol d’Airs, quelles sont vos lignes artistiques sur ces festivals ?

Pause Guitare est la grosse machine, internationalisée et ouverte à d’autres esthétiques : le hip-hop, le rock, l’électro parfois. A l’inverse, le festival Les Ptits Bouchons est vraiment dans une logique de territoire à travers le vignoble. Quand j’ai travaillé sur ce projet, j’ai tout de suite pensé à la chanson. Je trouve qu’en buvant un coup, il n’y a rien de mieux que de chanter ! Avec Les Ptits Bouchons on est vraiment sur le Gaillac, le vin. Il ne manque plus que l’assiette, mais c’est en projet. Je trouve que la chanson est un bon moyen d’accompagner le vivre ensemble. Et si ça se fait avec la joie de boire un coup et de casser la croûte, alors c’est parfait ! 

Quel est votre bilan de ces 20 ans ?

Je suis tellement attiré par le futur. Il faudrait que je fasse un break pour me rendre compte de tout le chemin parcouru, mais l’enthousiasme à vivre les vingt-et-un, les vingt-deux ou les vingt-trois ans prend le dessus ! Pour moi, les vingt ans vont être la fin du tome un, mais surtout l’ouverture du tome deux.

Alors justement, comment va s’ouvrir ce second tome ?

Sur Pause Guitare, 48000 personnes sont venues l’an dernier. Nous avons cette image d’un festival complètement abouti, alors qu’il n’a que vingt ans ! Dans mon cerveau je n’ai que vingt ans aussi. Tout ce qui va arriver suivra l’ère du temps et se nourrira de ce futur. Nous n’avons pas peur de ce qui va arriver. Au contraire, nous attendons l’avenir avec impatience et allons s’y inscrire à fond, avec un grand plaisir. 

Imaginez-vous de nouveaux formats ?

Tout à fait. Le festival proposé cette année n’a certainement rien à voir avec ce qui sera proposé dans dix ans. C’est ça qui est intéressant, il va se passer des choses qui vont nous amener à penser le festival différemment. Ne serait-ce que par rapport au désenclavement du festival, grâce à la construction d’une passerelle qui nous amènera à ouvrir davantage sur la ville. C’est un bouchon qui va exploser et nous donner plein de possibilités, comme par exemple le développement des transports en commun. L’avenir ne nous fait pas peur, il nous tarde de le vivre.